Ecrit par : Bernard Béguin le 08/03/2016 - Lu : 739 fois - Commentaire : Aucun
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Réforme de l’orthographe : en quoi consiste-t-elle ?

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Nous sollicitons régulièrement l’éclairage de ces experts sur des questions d’actualité. Cette semaine, Florence Augustine, correctrice et transcriptrice audio en portage salarial, auteure du blog « Au bonheur des Mots » nous livre son analyse sur le buzz créé autour de la réforme de l’orthographe.

Réforme de l'orthographe

A la rentrée scolaire 2016, les manuels du primaire prendront en compte une réforme de l'orthographe recommandée par l'Académie française, qui date de 1990.

Ces rectifications orthographiques ont été publiées au Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990, mais elles n’avaient jamais été suivies ou peu.

La plupart des éditeurs d’ouvrages scolaires appliqueront la règle. Ces ouvrages seront estampillés du macaron « Cet ouvrage est rédigé avec l’orthographe recommandée par le ministère de l’Éducation nationale ».

Le contenu des rectifications

Les rectifications de 1990 se basent sur la conviction que l’orthographe française est un système cohérent qui comporte néanmoins quelques incohérences qui doivent donc être rectifiées. Le Conseil supérieur de la langue française a largement suivi les cinq thèmes indiqués par Michel Rocard :

le trait d’union

La commission préconise la soudure des mots. Quant aux chiffres, ils devraient être écrits avec des traits d’union (ex. : cent-soixante-et-onze). Seuls millier, million et milliard font exceptions et l’on peut écrire trois-cent-vingt millions.

les mots composés

Les mots prendront une marque du pluriel finale seulement quand le nom composé est lui-même au pluriel. Donc : un pèse-lettre, des pèse-lettres.

le circonflexe

Il ne sera plus obligatoire sur les lettres « i » et « u », sauf dans les terminaisons du passé simple et du subjonctif imparfait, sauf pour les participes passés « mû » et « dû », sauf en cas d’ambiguïté entre homophones au masculin singulier, sauf pour les noms propres, notamment de ville, et les adjectifs dérivés (Nîmes et nîmois). Vous me suivez ?

Cette réforme permet de retirer l'accent circonflexe à certains mots pour lesquels il n'y a pas de risque de perte de sens. « S’entraîner » pourra ainsi s'écrire avec un « i » ou avec un « î », « coût » avec ou sans accent. « Mûr », « dû », « sûr » ou « jeûne » conservent en revanche leur accent.

La commission ne se limite pas aux corrections de l’accent circonflexe, mais elle apporte également des changements aux accents aigus et graves, ainsi qu’au tréma qui est placé sur la voyelle prononcée.

La réforme préconise l’accent grave, plus en phase avec la prononciation courante. « Je cèderai », « nous cèderions » sont admis.

Elle a changé l’accentuation de certains mots pour « coller » à la prononciation usuelle.

On peut désormais écrire évènement ou événement, règlementaire ou réglementaire.

le participe passé des verbes pronominaux

Selon la commission, l’accord du participe devrait être révisé de façon fondamentale et ne pas se limiter aux verbes pronominaux. Mais comme, dans le cadre de ce projet, une telle démarche irait trop loin, on se limite à une petite simplification.

Le participe de « laisser » suivi d’un infinitif sera aligné sur celui de « faire », qui reste invariable dans ce cas (même quand l’objet est placé avant le verbe et même avec l’auxiliaire avoir) : elle s’est laissé séduire (comme elle s’est fait féliciter), je les ai laissé partir (comme je les ai fait partir), etc.

anomalies diverses

Les « modifications orthographiques » décrétées en 1975 et révoquées en 1987 sont remises en vigueur.

Les mots empruntés, pour l’accentuation et le pluriel, suivront les règles des mots français (exemple : un imprésario, des imprésarios) ; des graphies seront rendues conformes aux règles de l’écriture du français (exemple : douçâtre), ou à la cohérence d’une série précise (exemples : boursouffler comme souffler, charriot comme charrette).

Cette réforme qui ne concerne que 2 400 termes soit environ 4 % du lexique de la langue française, ne supprime pas pour autant l’ancienne graphie.

Retrouvez le détail de toutes les modifications concernées dans ce document de l’Académie française.

Ces modifications orthographiques restent des recommandations et n’ont rien d’obligatoire.

Une première tentative pour appliquer cette réforme avait échoué en 2008. La polémique a ressurgi avec cette décision de plusieurs éditeurs de livres scolaires.

Comment intégrer les nouvelles règles d’orthographe ?

Pour l’heure, seuls les manuels scolaires vont intégrer cette révision orthographique.

Cette mention à l’orthographe révisée vaut pour tous les programmes du CP à la 3e. Primaire compris donc.

Les nouveaux programmes ne rendent pas pour autant obligatoire l’application de ces modifications. Ce qui veut dire que l’on ne peut pas reprocher à un professeur d’enseigner l’orthographe révisée ou à un élève de l’appliquer. Mais on ne peut pas non plus leur reprocher l’inverse.

En résumé, les instituteurs et professeurs vont se marrer… et les parents aussi !

Y aura-t-il une période de tolérance avec les anciennes orthographes ?

Il revient à tout à chacun de définir combien de temps il lui faut pour apprendre les 2 400 termes concernés par cette orthographe rectifiée ou pour le moins de désapprendre ce qui a été appris jusqu’à présent !

Y a-t-il des moyens mnémotechniques pour s’en sortir ?

Prenons l’exemple de l’accent circonflexe. Le verbe « croître » garde le « î » parce que dans sa conjugaison, on peut le confondre avec « croire ». Si on met un chapeau, je grandis donc « on croît » avec accent circonflexe et si on n’en met pas, c’est le verbe « croire » : « je crois ce que vous dites ».

Que va changer l’application de cette réforme pour les professionnels en général, pour les correcteurs et professionnels de l’écrit en particulier ?

À chacun de vouloir prendre en compte ces rectifications dans leurs contenus rédactionnels, édités print ou web.

Si cela fait vingt-six ans qu’il est possible d’enseigner l’orthographe rectifiée, sans que ce soit pour autant obligatoire. Si l’on demande à un professeur de tenir compte de ces rectifications de l’orthographe, en somme uniquement d’enseigner à ses élèves les deux graphies possibles sans lui demander d’appliquer plus l’une que l’autre, où serait l’obligation pour les professionnels de l’écrit (journalistes, rédacteurs, correcteurs et autres) d’appliquer ces rectifications ?

À propos de Florence Augustine, correctrice et transcriptrice audio en portage salarial

« Afin de déjouer au mieux les pièges qui parsèment notre bonne langue française et offrir un service de qualité, elle suit une formation au métier de correcteur dispensée par Jean-Pierre Colignon, ex-chef correcteur du journal Le Monde et Jacques Decourt de l’ESJ de Lille.

Elle propose un service personnalisé de relecture et correction de tous types d’écrits destinés à être lus, à diffusion ou à publication, et de rédaction de comptes rendus de manifestations oratoires.

Depuis, de nombreuses collaborations clients se sont mises en place dans la correction de rapports, comptes rendus parlementaires, magazines, lettres d’information, nouvelles, mémoires d’histoire locale, transcription audio de dîners-débats, colloques pour des clients tels que des cabinets de conseil en lobbying, agences de communication, maisons d’édition, CE, CHSCT…

Confrontée, au quotidien, à la non-maîtrise des difficultés de la langue française, du moins aux bases du français, elle propose désormais des formations collectives en entreprise, ou individualisées, pour tous ceux qui souhaitent, dans une démarche professionnelle, approfondir ou renforcer leurs connaissances, pour acquérir une plus grande autonomie au niveau de l’expression écrite. »

Extrait du site « Au Bonheur des Mots » où vous retrouverez les conseils et les formations de Florence Augustine

Illustration : © Gulien Diavel, Fotolia

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