Ecrit par : Bernard Béguin le 31/03/2016 - Lu : 951 fois - Commentaire : Aucun
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Vincent Delouzillière, interprète en portage salarial

L’interprétation de conférence est un métier linguistique qui attire plutôt des profils littéraires. Vincent Delouzillière, interprète français-anglais déroge un peu à la règle ! Son bac S en poche, il choisit de se consacrer à l’étude des langues.

Portrait d’un professionnel passionné par son métier qui nous livre son expérience et analyse l’avenir de sa profession.

MC : Pourquoi avez-vous souhaité devenir interprète ?

VD : « J’ai passé un Bac S, mais j’ai très tôt été attiré par les langues. J’ai commencé à apprendre l’anglais en primaire avec une intervenante anglaise. En 6ème, j’ai choisi l’allemand comme seconde langue. J’aimais parler aux personnes d’un autre pays. Je trouvais cela à la fois enrichissant et valorisant. Dès la 3ème, devenir interprète de conférence était l’une de mes options pour ma carrière professionnelle future. »

MC : Quel a été votre parcours de formation ?

VD : « J’ai intégré l’Institut de Perfectionnement en Langues Vivantes de la faculté d’Angers où j’ai d’abord passé une maîtrise d’Anglais LLCE (langue, littérature et civilisation étrangère). Puis, j’ai passé le Diplôme Universitaire d’interprète de conférence.

Diplômé en décembre 2005, je suis parti un an en Angleterre pour solidifier mon anglais.

J’ai véritablement lancé ma carrière d’interprète de conférence, une fois de retour en France en 2007. Je me suis inscrit dans un secrétariat d’interprètes que je définirais comme " un agent pour interprètes ". J’ai eu beaucoup de missions, principalement dans le secteur privé. »

MC : Vous avez orienté votre carrière vers le secteur privé. Quelles en sont d’après vous les caractéristiques ?

VD : « Le secteur privé recherche quasi exclusivement des interprètes bi-directionnels, à la différence de certaines institutions internationales, comme l’Union Européenne, qui recherchent la plupart du temps des interprètes pouvant traduire depuis un grand nombre de langue vers leur langue maternelle. Je travaille principalement pour des entreprises privées et je me suis concentré plus particulièrement sur l’interprétation français-anglais et anglais-français.

Parallèlement à cette carrière pour le compte des entreprises internationales et des groupes, j’ai passé mon accréditation auprès des institutions européennes en 2008. D’autre part, j’ai commencé à effectuer des missions occasionnelles pour l’OCDE à Paris fin 2015.

Dans le secteur privé, le mot d’ordre qui revient pour un interprète de conférence est la flexibilité. Nous devons être capables de travailler dans des conditions très différentes avec quelques fois des changements de dernière minute.

J’interviens dans le cadre de CA, sur des sujets et des décisions stratégiques pour les entreprises. Je suis également missionné pour des annonces de résultats, des réunions internes, de grands salons, des visites d’usines, de grandes entreprises, ou encore pour des audiences d’arbitrage par exemple.

Avec les avancées de la technologie, nos interventions sont de plus en plus souvent transmises par webcast dans le monde entier. C’est un stress supplémentaire. »

MC : Y a-t-il des limites à cette exigence de flexibilité pour un travail de qualité ?

VD :  « Pour être dans l’excellence, l’interprète doit avoir un équipement adéquat, ne pas dépasser un certain temps d’interprétation (entre 20 et 30 mn selon le sujet), travailler au minimum en binôme, voire en trinôme dans certains cas, pour se relayer avec ses collègues.

Avant de se lancer dans une interprétation sur un sujet donné, il est essentiel que nous puissions disposer d’un maximum de documentation. Par exemple, si un point précis est évoqué durant une conférence et que je n’ai pas l’ordre du jour, c’est problématique.

cabine de l'interprète

N’oublions pas que les interprètes travaillent souvent sur des sujets très lourds, voire très techniques. C’est d’ailleurs un des aspects de mon métier qui ne me fait pas du tout regretter d’avoir passé un bac S. Ceci dit, quand les informations sont insuffisantes, il nous arrive régulièrement de jouer les Davy Crockett sur Internet pour aller à la pêche aux informations. Selon la thématique abordée, le temps de préparation est très variable, jusqu’à trois jours de travail en amont en fonction de la lourdeur du sujet pour préparer le glossaire, le réviser ou le compléter le cas échéant, pour comprendre les concepts. Le glossaire est l’arme de poing de l’interprète !

Les conditions de travail sont également fondamentales. L’interprétation simultanée demande une concentration exceptionnelle. Travailler depuis une cabine, plutôt qu’au fond de la salle de conférence est un vrai gage de confort à la fois pour le client et pour l’interprète. On évite tous les bruits parasites. La cabine est la petite bulle de l’interprète. »

MC : D’après vous à quelles évolutions, le métier d’interprète devra-t-il faire face dans les années à venir ?

VD : « Il y a déjà plusieurs facteurs qui ont changé la donne de l’interprétation :

  • J’ai de plus en plus de réunions avec des participants de différentes nationalités où l’interprétation ne se fait que vers l’anglais. Les collègues interprètes des autres langues doivent ainsi faire face à des difficultés pour trouver des missions.
  • Comme beaucoup de secteurs d’activités, le marché de l’interprétation connaît une certaine uberisation. A nous de contrer cette tendance en fournissant la meilleure qualité d’interprétation.
  • La technologie actuelle permet de travailler à distance avec un son très correct. Cependant, nous ne sommes plus sur site dans certains cas. Nous ne voyons ni les orateurs, ni leur langage corporel, ni ce qui se passe dans la salle. Et surtout, les systèmes de retransmissions sont assez onéreux d’après moi. Donc autant avoir des interprètes sur place. Il est vrai qu’il arrive que cela ne soit pas possible lorsque des participants ne peuvent pas se déplacer. Il faut alors passer par de la vidéoconférence. Je n’y suis pas opposé tant que cela ne devient pas la norme et ne dégrade pas nos conditions de travail. Par exemple, l’interprétation par téléphone est inacceptable pour un travail de qualité.

Pour l’avenir, on se prépare peut-être à un match de Go… Les avancées de l’intelligence artificielle vont permettre de produire des logiciels de traduction en consécutif, voire quasi en simultané. On parle déjà de robots interprètes. Mais, il y a bien une chose qui peut sauver notre métier en chair et en os, c’est que nous donnons justement de la vie à ce que nous faisons. Un interprète en contexte dispose d’une vision complète de la communication des intervenants, dont leur langage corporel (80% du langage humain dans certains cas). Ce n’est qu’en situation, qu’il peut faire passer le sous texte, les sous-entendus ou l’humour d’un orateur, ainsi que le sous-jacent culturel. Et cela, je ne suis pas sûr qu’un robot sache le faire un jour. »

MC : Quel statut professionnel avez-vous choisi pour exercer en tant qu’interprète ?

VD : « Venant d’une famille avec une mère en profession libérale, je me suis naturellement tourné vers ce statut à mes débuts. Cependant, des collègues m’ont parlé du portage salarial, très pratique à leurs yeux.

En 2011, j’ai décidé de tenter le portage salarial. J’ai eu bon accueil chez MISSIONS-CADRES. Aujourd’hui, je suis satisfait d’avoir choisi le statut d’interprète porté car il m’apporte plusieurs avantages :

  • un net à la fin du mois
  • plus de relances clients pour être rémunéré en temps et en heure
  • aucun contentieux à gérer en direct
  • l’avantage d’un CDI.

C’est confortable d’avoir une structure qui est là pour vous défendre. Moyennant une petite commission, j’ai l’esprit plus tranquille et via MISSIONS-CADRES, je dispose d’une réelle force de frappe. »

MC : Comment voyez-vous votre avenir d’interprète ?

VD : « Dans 35 ans, je serai le doyen de la cabine !!! Plus sérieusement, après quelques années d’expérience et en analysant le marché de l’interprétation, j’ai estimé qu’il était important de se spécialiser. Ces 10 dernières années, l’inflation et la crise ont eu un impact sur les prix des prestations des interprètes de conférence généralistes. Pour ajouter une corde à mon arc, j’ai suivi une formation en traduction juridique entre 2014 et 2015 (Common law, contrats, décisions de justice, procédures civile et pénale...). J’ai interprété lors d’audiences d’arbitrage pour des grands cabinets d’avocats et je travaille régulièrement pour l’École Nationale de la Magistrature. Je complète cette formation en ce moment par l’acquisition de nouvelles connaissances sur le droit des obligations. »

Pour en savoir plus sur Vincent Delouzillière, découvrez son site internet : www.interprete-de-conference.com

Illustration : © lightpoet, Fotolia

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